RESUME.

Les nouveaux textes et objets numériques demandent aux théories sémiotiques et cognitives d’abandonner les approches structuralistes et computationnelles pour se recentrer sur le couplage intime formé par les usagers et leur environnement d’interaction, ce dernier considéré comme un espace permettant l’émergence, le déploiement et la manipulation d’une activité cognitive qui ne peut pas exister en dehors des interactions répétées établies entre le corps du sujet et le monde technologique et culturel l’entourant. Dans ces conditions la notion d’affordance assume une nouvelle centralité. Développée en partant de thématiques propres à la tradition gestaltiste, cette notion a été par la suite rendue célèbre par James Gibson qui en a fait un des piliers théoriques de son approche écologique à la perception visuelle. Malgré cela, ce concept a été par la suite intégré à des conceptions bien plus binaires de la cognition, qui semblent aujourd’hui responsables de la perte d’une grande partie de son pouvoir heuristique. L’objectif de cet article est de revenir à l’origine de cette notion et d’en proposer une relecture dynamique et sémiotique nous permettant de comprendre les affordances comme des dispositions à agir, comme des horizons d’attente étant, dès le début, intrinsèquement liés à la dimension sociale et culturelle du monde humain. Nous montrerons comment l’émergence des possibilités d’interaction avec les objets, et plus généralement comment toute activité sémiotique, ne peut pas se développer dans un temps ponctuel. Elle nécessite, au contraire, d’être comprise dans la continuité propre à une approche systémique à la cognition, permettant de prendre en compte l’environnement et le sujet en dehors d’une distinction binaire et nécessitant en même temps une émergence des activités cognitives et perceptives intégrant des dimensions culturelles et sociales fondamentales. Dans ce cadre, les affordances, peuvent être vues comme des structures émergentes, des réponses concevables à des actions pratiques rendues possibles par les habitudes cognitives retenues par les sujets sur la base de leur inclusion dans un système de pratiques et de connaissances qui présuppose un horizon d’action située et spécifique.

Mots clés : action, affordance, Aufforderungscharackter, cognition sociale, écologie, environnement, Gestalt, information, interprétation, perception, phénoménologie, sémiotique, sémiotique cognitive, sémiotique systémique, valeur.

ABSTRACT.

Rethinking the Notion of Affordance in its Semiotic Dynamics. As far as semiotic and cognitive theories are concerned, new digital texts and objects emphasize the need to refocus on the intimate connection between user and his environment, considered as a space where cognition emerges, is deployed and manipulated through repeated interactions between subject’s body and the technological and cultural world which surrounds him. In this case, the concept of “affordance” assumes a more central importance. Originally developed in the framework of the Gestalt theory, the notion of Aufforderungscharackter was subsequently reworked and made famous through the notion of affordance integrated in the ecological approach to visual perception conceived by James Gibson. However, the concept has successively been integrated into a more binary conception of cognition, which seems to be responsible for the loss of much of its heuristic power. I intend to go back here to the genesis of the notion and propose a semiotic and dynamic reinterpretation of this concept, where affordances can be seen as dispositions to act and patterns of expectation that are, from the beginning, intrinsically linked to the social and cultural dimensions of the human world. I will show how semiotic activity cannot take place in an infinitely brief present-time, but needs to be comprehended into a more systemic approach to cognition, where the environment and the subject cannot be considered on the basis of a binary distinction, and where an intrinsically cultural microgenetic activity of perception and cognition is seen as necessary for the emergence of possibilities of action in material and digital objects. In this context, affordances may be explained as responses to a conceivable practical action made possible by habits that subjects consider on the basis of their inclusion into a system of practices and knowledge which foreshadows a specific and situated horizon of action.

Key words: action, affordance, Aufforderungscharackter, value cognitive semiotics, ecology, environment, Gestalt, information, interpretation, perception, semiotics, phenomenology, systemic semiotics, social cognition.

Repenser la notion d’affordance dans ses dynamiques sémiotiques, Intellectica, n. 55, pp. 241-267 (2011)

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